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FORT-GOURAUD 2 février 41 Idjill (Mauritanie)
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FORT-GOURAUD 2 février 41 Idjill (Mauritanie) Cher Monsieur Vaucouleur, et ma chère Maman, Votre lettre du 10 décembre est arrivée il y a quelques minutes venant d'ATAR sur le dos d'un chameau. Elle était partie d'Atar il y a six jours. C'est toujours une grande joie dans un Fort, de recevoir un courrier. Toutes les nouvelles détaillées me font beaucoup de plaisir. Je répète encore la très grande joie que j'ai pour Christian si son travail peut marcher au moins pour vivre. Tant mieux s'il a pu se débrouiller dans ses travaux. Je suis bien content pour lui et pour toute sa famille. Merci des détails sur les autres personnes. Il y en a dans le nombre à qui les circonstances de changement de vie vont faire le plus grand bien. Je suis heureux aussi de voir à tes nombreux voyages que tu as pu organiser ta vie pour le mieux dans le possible d'à présent. Ici, pour moi-même, je vis toujours le mieux du monde. Les circonstances peuvent varier, le bled lui ne varie pas. Autrefois, la vie pouvait être qualifiée de dure, elle devient aujourd'hui royale, par comparaison. Il a même été possible de me procurer du papier blanc que voici pour écrire mes lettres. Ce sont des occasions magnifiques. Le climat est parfaitement sain. Il n'est pas question de moustiques, ni de malaria. Aucune fièvre. Il faut seulement faire quelque attention au soleil qui va devenir chaud. Peut-être serons-nous partis quand le soleil sera devenu chaud, d'ailleurs. Qui peut pour le moment savoir de quoi demain sera fait. Le présent en tout cas est, pour moi et mes amis de la Compagnie, d'une tranquillité très consolante et parfaitement agréable. Nous verrons bien pour le reste. Nous savons bien que rien n'est éternel, et la présente quiétude ne saurait se prolonger. C'est dans mes études que je suis le plus retardé. Très difficile de se procurer des livres. Il y a bien la radio, et c'est ce qui m'aide à ne point perdre tout. C'est très amusant. J'écoute cinq langues différentes à la TSF, parce que je comprends le portugais sans pouvoir l'écrire cependant, et j'écris à mesure en sténo les principaux passages. Il me reste à taper et diffuser pour que le secteur ait des nouvelles immédiates et de sources très différentes. Tout à fait distrayant et instructif. Avant-hier j'ai eu le grand plaisir d'entendre un grand discours qui m'a rappelé notre voyage en 38. J'ai fait un peu de progrès depuis. La bibliothèque du Fort est bien pourvue. Le choix a été effectué de manière très judicieuse et littéraire distinguée. La très jolie quantité d'ouvrages m'a permis de poursuivre une étude sur la littérature française de 1850 à nos jours que j'avais déjà abordé à Tiznit. La région est intéressante aussi au point de vue géologique. On trouve des lames de mica sous chaque pas. De grosses montagnes de fer qui coupent le terrain tout autour du Fort. Dans les montagnes on peut faire de grandes excursions. Une paire de chaussures complète y est déjà disparue. La pierre de fer est très coupante et mes semelles n'ont pas résisté plus de trois mois. Il est vrai que je ne me suis pas privé d'ascensions avec les amis. Je comprends ce que tu me dis pour la villa Ty Plat de Trebeurden et le charbon et toutes autres choses, nous sommes au courant ici. Dans quelque endroit que l'on vive actuellement il y a des inconvénients et des avantages, et l'on ne peut pas dire qu'en un point quelconque les avantages soient nettement supérieurs aux inconvénients. Le mieux est de prendre patience. Prendre patience est bien facile à des gens comme moi, qui n'ont aucun souci et aucune obligation. Et dont le métier reste toujours parfaitement intéressant. Je pense que maintenant vous avez dû recevoir ma première lettre de décembre. Merci cher Monsieur Vaucouleur de votre petit bonjour très aimable et toi ma chère Maman distraie toi le mieux possible. Fais, pour une bonne santé, des voyages distrayants et profite de tes amies pour leur plus grande joie et ton meilleur moral. Je t'embrasse très affectueusement. Rodo
CARTE POSTALE du 17 / 12/ 41 (reçue le 24/1/42) Ma chère Maman, le courrier nous parvient toujours par crises spasmodiques. Cinq très gentilles cartes de toi me sont arrivées hier me faisant beaucoup de plaisir par les bonnes nouvelles et par l'excellent moral. Tu ne peux savoir combien je suis heureux que tu puisses continuer à voyager, changer d'atmosphère et recueillir de la distraction. Gwen a tort d'être paresseux. Dirigez-le vers Sciences-Langues et faites-le entrer aux Arts-et-Métiers à défaut de Centrale. Il faudra beaucoup d'ingénieurs après la guerre. Surtout à notre époque ne le laissez pas faire Latin-Grec. Luxe de prodigalité dans un temps de motorisation 100%. Tu es très bonne de dire que ma filleule aspire à me voir, mais je doute qu'elle se souvienne de son Oncle d'Afrique. Aucune question pour moi de prendre des vacances pour l'instant. Les pays où nous allons habituellement sont fermés. L'Espagne seule nous serait ouverte et encore y a-t-il de grosses difficultés pour emporter de l'argent à l'étranger. Ces cartes sont suffisantes pour notre correspondance, je ne veux pas créer d'ennuis au parrain de Jean-Claude. Tout ce que je possède sur nos parts à St-Brieuc appartient à ma filleule (Joële). Je désire ne rien recevoir. Christian en aura bien besoin pour élever tout son monde après la guerre. Toutes mes très vives tendresses à Valentine et mes amitiés affectueuses à vous tous. Rodo.
CARTE POSTALE du 6 octobre 42 Fort-Gouraud 6 octobre 42. Ma chère Maman. Merci de toutes tes cartes bien reçues. La santé est toujours excellente. J'ai la chance d'être dans un climat très sain. Tes cartes de juillet sont arrivées hier toutes ensemble. La tante Dolly n'aura pas eu une existence bien amusante. Sa vie a été une longue décadence, comme toute la famille d'ailleurs. C'est bien ennuyeux tous les événements actuels pour les petits de Christian et pour leurs études. Surtout pour le peu d'études qu'ils vont pouvoir suivre, ne leur faites pas faire de latin. Seulement des mathématiques. Tachez de les orienter vers une grande École. Même s'ils n'y sont pas reçus du moins ils auront vu les programmes et c'est une rude avance. De toutes façons leur existence pour toute leur vie se ressentira de ces années pénibles et très désorganisées. Je me demande chaque jour comment Christian fait à vivre et à entretenir sa famille. Car nous n'avions pas beaucoup d'argent déjà avant la guerre. Tu es très gentille de ce que tu dis pour Joëlle. Je ne pense pas que le temps de nous voir soit bien proche. Continue toujours de m'écrire, mais ne t'inquiète jamais si tu ne reçois pas de lettre de moi. Et encore moins dans l'avenir parce que nous allons vers une année très troublée. Nous sommes tous passés sous le contrôle direct du Gouvernement. Il s'agit de l'unification des Transmissions à laquelle, bien sûr, nous ne pouvions espérer échapper plus longtemps. Je fais toujours partie d'Air France, mais nous sommes "en disponibilité", c'est-à-dire que c'est le Gouvernement qui nous dirige. Tu as très bien fait d'utiliser mon manteau vert, je suppose ce blazer acheté à Londres. Prends tout ce que tu veux dans mes valises pour toi (mon grand manteau gris) ou pour les petits de Christian (mes chemises). Les vêtements iraient peut-être à Christian maintenant qu'il a maigri. Utilise tout ce qui est possible, je ne suis pas près d'en avoir besoin. Nous irons vous voir un de ces jours avec Valentine, mais pas demain ! Je vous embrasse tous très affectueusement. Rodo
CARTE POSTALE du 25 octobre 42 reçu le 10 novembre Expéditeur Rodolphe HEDOU - AIR FRANCE - FORT GOURAUD – Mauritanie Ma chère Maman. Ta lettre du 31 août vient de m'arriver. Je ne comprends pas comment les cartes mettent si longtemps pour venir. Il faut toujours les envoyer par avion. En principe on gagne du temps. Tu dois recevoir les miennes dans un délai d'un mois environ. Cela dépend des correspondances. Ta carte du 31 est très intéressante à cause des nouvelles de la famille. Je ne sais pourquoi j'étais persuadé que Christian avait deux garçons et que le dernier travaillait bien. C'est pour lui que je disais de leur faire suivre les études d'une grand École. J'ai eu la vie tranquille le jour où j'ai obtenu un brevet de l'État. C'est une sorte d'assurance très utile. Mais ta carte me dit que le Gwen ne travaille pas bien du tout. Alors il faut lui faire suivre une étude pratique plutôt que de le laisser dans les livres. Ce serait excellent, faute de mieux, de le faire voyager dans la Marine. Il y a peu de choses qui débrouille aussi bien les gosses un peu en retard. Il pourrait très facilement devenir Capitaine aux longs cours à Paimpol. Il n'y a pas besoin de bachot et le Certificat d'Études suffit largement. C'est une bonne situation et surtout il est sûr de ne pas rester sans gagne-pain dans les années très difficiles de l'après-guerre. Et il faut tenir en première ligne que nous sommes, comme toutes les anciennes familles riches, de moins en moins intelligents dans la famille. C'est dommage que ce soit la petite Jojo qui travaille bien. Il n'est pas utile qu'une femme soit trop riche en esprit. C'est ce que j'ai dit à Germaine en 38 à Paris. Si elle avait éduqué Jacqueline plus simplement, c'eût été une femme possible, alors qu'elle était parfaitement impossible avec ses idées extraordinaires. Je pense beaucoup à Christian ces temps-ci au milieu des difficultés qu'il traverse avec sa famille. Écris-moi ce qu'il fait et comment il peut arriver à nouer les deux bouts. Dis-moi aussi si tu as pu faire l'envoi par le Parrain. Bonjour à tout le monde et aux petits. Je t'embrasse bien affectueusement. Rodo
Chamalères, le 1 juin 1943 Madame - Par lettre en date du 4 mai 1943 vous m’avez demandé des nouvelles du militaire HEDOU de la HERAUDIERE Rodolphe, en service aux Forces Aériennes d’Afrique Française. J’ai le regret de vous faire connaître que, par suite de l’interruption totale du trafic postal et télégraphique entre l’Afrique et la Métropole, je n’ai plus, pour le moment du moins la possibilité de vous renseigner. Je puis cependant vous dire que le nom du militaire en cause ne figure pas sur les listes fragmentaires de tués ou de blessés qui m’ont été câblées au lendemain du débarquement Anglo-Saxon. Je vous signale également que la Croix Rouge de Vichy s’efforce d’obtenir par l’intermédiaire du Comité International de la Croix Rouge de Genève, des renseignements plus complets. Je transmets en conséquence votre lettre à cet organisme qui vous communiquera directement toute information qu’il obtiendrait éventuellement. Veuillez agréer, Madame, l’assurance de ma considération distinguée. P.O. le Lt-Colonel DAVID, Chef du Service du Personnel de l’Air Le Capitaine MADRE Chef de Section
CARTE POSTALE ETAT FRANçAIS COURRIER OFFICIEL
EXPÉDITEUR DESTINATAIRE
M r.Le GENERAL de CORPS M adame HEDOU de la d’ARMEE HERAUDIERE Secrétaire d’Etat à la Défense Service du Personnel de l’Air 47 Boulevard Clémenceau CHAMALIERES SAINT-BRIEUC
(Puy de Dôme) (Côtes du Nord)
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