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PORT-ETIENNE (Mauritanie) 1935 - 1937 |
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Toulouse, 17 août 1935 C’est dimanche prochain 18 août que je quitte la France à bord d’un splendide avion transatlantique, un Farman que la Compagnie Air France vient d’acheter pour ses traversées transatlantiques. Nous effectuerons presque d’un seul coup d’aile le parcours de Toulouse jusqu’à Dakar, avec juste un petit arrêt à Casa pour prendre de l’essence et peut-être un autre dans le Rio-de-Oro pour poser du matériel. C’est le plus long vol d’une seule traite que j’aie fait jusqu’ici. J’ai vu l’appareil depuis quelques jours dans les hangars où on termine sa mise au point, il est magnifique. La forme générale est celle d’un avion de bombardement à gros périmètre d’action. C’était d’ailleurs sa véritable destination lors de sa construction et on l’a désaffecté pour en faire un appareil destiné à l’Atlantique Sud.
Port-Etienne, 6 septembre 1935 La perspective d’accomplir un beau voyage à bord du Farman nouvellement sorti, et l’idée de revoir “pour quelques semaines” Dakar que j’ai quitté il y a trois ans, la satisfaction aussi de ne pas rester en France mais de repartir vers le Sud, vers le soleil et vers ma destinée comme Cheuber-ben-Scheik, tout cela fit que j’acceptais d’aller d’abord à Dakar avec la promesse d’être envoyé à Port-Etienne en Mauritanie à la première occasion. Le vendredi où j’ai reçu l’accord de Le Bras, on m’avait averti que le Mono venait d’arriver à la Piste Toulouse-Francazal et qu’on donnait le dernier coup d’oeil au moteur. Aussitôt je suis allé pour visiter de manière reposée le monstre dans lequel je devais voler vingt heures de suite. Le Centaure - c’est son nom, les gros avions sont comme les navires, on les baptise - est un Farman quadrimoteur de 650 chevaux chacun, qui dispose donc en principe d’une puissance totale de 2600 CV. C’était bien sûr, la première fois que j’approchais un engin pareil. Pour accéder à l’intérieur il n’y a qu’une porte à l’arrière du fuselage avec une échelle métallique qui se rentre dans l’intérieur au moment de l’envol. La première chose que l’on voit est une grande salle avec des couchettes. Vers l’empennage de l’appareil une seconde petite cabine sert à droite de toilettes et à gauche de réserve pour les parachutes. Et puis vers l’avant, une grande cabine de huit mètres de long qui s’étend jusqu’au poste de pilotage. Selon la destination de l’appareil, cette cabine, qui renferme au point de vue technique le “poids utile” transporté, reçoit diverses utilisations. Sur Paris-Londres, ce serait un luxueuse cabine de passagers avec Pullman et bar américain. Sur l’appareil de bombardement tel que l’a destiné Farman, on entasse là les bombes et les mitrailleuses. Vers le bas, des ouvertures sont aménagées pour les lance-bombes. Le modèle acheté par Air France est destiné aux traversées transatlantiques. La grande nécessité, en dehors du courrier évidemment, est l’essence. Aussi toute cette cabine est entièrement remplie de huit réservoirs de trois mètres de hauteur, cloisonnés. Entre ces deux rangées on a aménagé une passerelle (comme dans les salles des machines des sous-marins) installée suffisamment haut pour qu’on puisse en passant vérifier, sur les cadrans situés dans leur partie supérieure, les niveaux des réservoirs. Après les réservoirs, vers l’avant, se trouve le poste de pilotage qui, comme dans tous les gros appareils, est à double commande. Les deux pilotes, de chaque côté de la cabine, ont une vision directe sur le paysage en dessous et devant. Les moteurs sont disposés sur une petite demi-aile située sous la grande aile normale. Il y a deux moteurs de chaque côté. Et de la place des pilotes on vérifie les indications des instruments de contrôle de ces moteurs qui portent sur le côté de grand tableaux profilés contenant compte-tours, thermomètre d’huile, d’eau, pression du graissage etc... Entre les deux postes de pilotage, par un petit escalier de quatre marches, on descend au poste radio et à la cabine de navigation qui est en somme la direction de l’aéronef. Cette cabine est tout à fait agréable, très claire, entièrement vitrée avec des contours arrondis. On peut observer au-dessus pour les points sur les étoiles, de tous les côtés pour les alidades et les azimuts sur des points visibles apparents, et en-dessous pour calculer la dérive et, dans le modèle militaire, commander le lâchage des bombes. Naturellement, le voyage que j’ai fait s’est effectué comme dans les raids. C’est-à-dire que les couchettes disparaissaient sous les sacs de postes, les colis et le matériel. Les réservoirs étaient archi remplis, ce qui dégageait une odeur d’essence peu agréable. J’étais habillé bien sûr avec ma veste de peau de porc et un pantalon gris anglais. Un petit béret basque et des souliers de sport. De Toulouse à Barcelone j’ai fait le voyage avec D’Anglejean, l’aide de camp du Général Denain, que je connaissais bien pour l’avoir eu comme chef d’aéroplace à Tanger au début de mon séjour à la Compagnie. A l’époque il n’était qu’un simple officier de réserve et Denain était un inconnu. Depuis, au moment où le Général a pris le pouvoir (si l’on peut dire) on s’est souvenu que D’Anglejean avait été quelque chose auprès de lui, on l’a vite fait rentrer du Brésil où il aménageait des terrains d’atterrissage, on lui a donné de beaux appointements et il se promène maintenant à travers le monde salué avec toute l’importance qu’on accorde à un homme qu’on est bien heureux de trouver quand il s’agit de “dire un mot au ministre”... D’Anglejean est un homme charmant et infiniment spirituel. Il a été très gentil avec moi. Et on sent qu’il ne se fait quant à lui, aucune illusion sur les honneurs qu’on lui rend... Nous avons atterri à Barcelone sur la nouvelle piste cimentée qui a été aménagée précisément pour les gros porteurs et qu’il s’agissait d’essayer. Nous nous sommes également posés à Alicante pour prendre la correspondance de Madrid vers le Pérou et l’Uruguay. Puis de là, nous avons été, d’un seul coup d’aile, au-dessus de la Méditerranée et du Rif faire escale à Casablanca. Partis de Toulouse-Francazal à six heures du matin, nous déjeunions à onze heures à l’Aéro-Club du Maroc sur le terrain de Casa. Tout à coup j’ai retrouvé les marocains que je venais de quitter à Marrakech quelques semaines auparavant. J’ai revu les premiers chameaux, les bourricots, les tentes et les gourbis de paille tressée. Les petits “muchachos” vêtus de haillons et qui courent sous le soleil. Et les “grands”avec leur “djelabah” blanche et brune et bleue et leur turban multicolore. A une heure de l’après-midi nous avons décollé de Casa. A deux heures et demie nous survolions Agadir dans la région de Souss convoitée par Guillaume II. Nous avons rasé le terrain et laissé tomber par la portière le sac de courrier venant de France. Et, sur une mer de nuages qui devait nous tenir jusqu’au dessus du Rio-de-Oro, nous avons entamé le long ruban de la côte africaine aux noms mémorables : l’Oued Drâa si dure à conquérir; la zone espagnole d’Ifni que, tout dernièrement, nous avons aidé les Espagnols à occuper; et Smara, la ville mystérieuse dans la vallée de la Seguia el-Hamra, qui veut dire en arabe, le Fleuve Rouge. Des nuages, rien que des nuages à voir pendant des heures... J’ai pris le parti de m’installer tant bien que mal dans la cabine arrière et à défaut de couchette, de me faire un lit sur les sacs de poste ce qui, depuis que les lignes aériennes existent, a toujours été pratiqué par les équipages de toutes les nations. Soudain je me sens bousculé par le mécano qui semblait chercher je ne sais quoi dans les paquets amassés. Je me redresse juste pour recevoir ces mots rapides “Le feu. Prépare ton parachute”. Puis il bondit vers l’avant en emportant quelque chose qui pouvait être un extincteur. J’avais dormi environ une heure et demie. L’esprit d’aventure plus fort que l’esprit de conservation, je ne me précipitai pas sur les parachutes mais m’avançai vers le poste de pilotage. Mines crispées, les pilotes avec le mécano cherchaient de tous côtés d’où pouvait provenir cette odeur de brûlé que l’on sentait très nettement maintenant. L’odeur de brûlé pouvait signifier que, d’une seconde à l’autre tous les réservoirs d’essence allaient exploser et par conséquent que, dans un nombre infime de secondes, nous serions tous carbonisés. Cette éventualité envisagée exactement à ce moment-là, je dois le dire, ne me déplaisait pas. C’était au moins une mort intelligente. Quelque chose de catastrophique. Un sort de grand navigateur, enfin pour tout dire, une manière de mourir pour homme qui est sorti de son trou. Nous volions toujours au-dessus des nuages à 1500 mètres. Si l’avion explosait, il y avait toutes les chances pour qu’il ne reste rien de nos débris humains. De toutes façons, le feu à cette hauteur nous assurait de nous tuer complètement et non pas de seulement nous blesser ou nous mutiler. Le Radio était tranquillement dans son fauteuil. Il continuait à transmettre. Peut-être indiquait-il sa position le plus exactement possible ? Mais je suis bien certain qu’il ne transmettait pas de S.O.S. des demandes de secours, des affolements. Il restait calme, écrivait froidement ce qu’on lui envoyait de là-bas à Cap-Juby, première escale possible à 200 kilomètres vers le sud... « Ciel invisible ? Entièrement couvert de nuages. Menace de pluie...» A l’avant, le navigateur qui venait de terminer son point au soleil, cherchait à repérer de tous les côtés un point qui aurait pu lui donner une indication de la position que nous occupions. Volant au-dessus d’une mer de nuages, nous avions un soleil éclatant alors que la terre restait dans l’ombre des jours couverts. Je fis moi-même le tour des réservoirs d’essence plutôt pour me rendre utile, participer à l’ambiance. Revenant vers le poste de pilotage, je vis le mécano complètement enfoui sous les commandes du siège du second pilote qui lui faisait de grands gestes pour indiquer la mesure d’un mouvement que le mécano avait l’air d’effectuer en concordance. Il m’était impossible de me rendre compte de ce qu’ils faisaient, aussi je fus stupéfait en apercevant soudain le “moulin” droit qui s’arrêtait. L’hélice retenue par un frein comme dans les avions modernes se présentait tout à coup en croix. J’ai regardé le pilote de gauche : il examinait attentivement et alternativement le moteur qui s’arrêtait et ses appareils de bords. C’est à ce moment que j’ai compris qu’on avait arrêté le moteur exprès. J’avais vu la veille “le Centaure” faire un essai de vol avec les deux moteurs du même côté stoppés : il avait continué à tenir en l’air d’une manière qui, vue d’en bas, paraissait satisfaisante. Généralement quand on effectue un essai, les choses de secours marchent toujours bien. C’est au moment où on en a besoin qu’elles vous lâchent. Aujourd’hui il y avait grand intérêt à pouvoir tenir un peu plus longtemps en l’air pour nous permettre de choisir au-dessous de la couche de nuages, un terrain convenable dans les sables pour nous poser. Eh bien avec un moteur stoppé, nous avons tenu l’air à notre hauteur primitive pendant une heure vingt. Par la gogno nous tracions notre route sur la carte en la contrôlant par le point astronomique puisque depuis 400 kms nous n’avions pas pu voir le sol. Et tout à coup le radio qui guidait le pilote par signes (à cause du bruit des moteurs) fit un geste très caractéristique en secouant sa main avec les doigts écartés comme pour dire “à peu près”. Ca voulait dire “nous devons être dessus”. Alors le pilote a lâché l’appareil. Tout doucement avec émotion nous sommes descendus jusqu’à frôler les nuages. Très curieux. Nous traversions de gros paquets blancs et puis nous retrouvions la mer de nuages. Puis un autre paquet plus petit, suivi d’un autre plus noir. Enfin, à force de descendre nous sommes passés sous le système nuageux et tout à coup il fit nuit. Angoisse. Les calculs du navigateur, les relèvements du radio, tous les instruments étaient-ils justes? Quand le voile de nuages se déchira l’appareil vint juste au-dessus d’un navire de guerre espagnol. Mais au même moment nous avons aperçu la “Casa del Mar” et l’habitation du “Sultan azul” et enfin les hangars d’aviation et le fort Juby. Nous avions traversé la couche nuageuse à mille mètres exactement au-dessus de Juby. Alors ça a été un plaisir pour moi, seulement spectateur, de voir subitement le sourire de contentement profond qui s’est dessiné sur le visage des pilotes et du radio et du navigateur aussi. Après deux tours du terrain à reconnaître la meilleure bande pour poser un engin aussi lourd que celui qui nous portait, nous avons atterri an frôlant les tentes maures qui sont disséminées tout autour du fort. Toute une foule à notre arrivée, heureuse d’un événement qui, au désert, prend les proportions d’une distraction inhabituelle. La première personne que j’ai trouvée en descendant de l’appareil c’est le Señor Paquito qui était mon grand ami au Cap Blanc et qui m’a enseigné mes premières leçons d’espagnol. Et puis j’ai retrouvé tous mes amis que j’avais vus à mon premier passage à bord du vapeur espagnol au mois d’avril. Toute la soirée il a fallu que je rende visite à chaque famille. J’ai retrouvé de jolies Espagnoles brunes et jusqu’à onze heures du soir elles ont fait du piano et chanté en mon honneur, si l’on peut dire, tout heureuses qu’elles étaient d’avoir un prétexte à faire ce soir-là de la musique un peu plus tard que d’habitude. L’Espagne serait-elle le dernier pays où l’on rencontrera des filles musiciennes? L’Espagne ne serait-elle pas le pays où l’on peut rencontrer des “femmes” tout court. Nous venons de voir l’anglaise nerveuse, maladive, pas assez osée dans sa nature, pas assez femme dans son extériorisation, en ce moment complètement hésitante et désorientée... La femme espagnole est essentiellement féminine aussi étrange que l’expression puisse paraître. Et voilà pourquoi, après une partie de voyage mouvementée sur un Farman grand raid, j’ai retrouvé avec l’infini plaisir de l’imprévu les mélodies espagnoles sous le ciel africain. La réparation de notre moteur a duré jusqu’à deux heures du matin. Nous avons eu quelques difficultés de décollage dues au terrain très sablonneux. Puis l’avion s’est dirigé immédiatement vers le sud avec l’intention de gagner Dakar sans escale. Après deux heures de parcours je m’étais à la longue assoupi de nouveau sur mes sacs de poste, quand le Radio vint me réveiller en me remettant un papier car, je le répète, le bruit des moteurs empêche toute conversation un peu compliquée. Pendant mon sommeil on s’était aperçu que le fameux moteur donnait de nouvelles marques de mauvais fonctionnement et qu’il fallait se poser à Port-Etienne, légèrement à droite de notre route. Rolin, un opérateur avec lequel j’avais été à Saint-Louis et qui savait que je voulais venir à Port-Etienne alors que lui-même voulait descendre à Dakar, me demandait par radio si je ne voulais pas justement profiter de l’arrêt imprévu du “Centaure” au Cap Blanc pour y rester tandis que lui-même prendrait ma place pour le Sud. Ainsi pour la Compagnie cela faisait toujours un opérateur à l’arrivée à Dakar. J’acceptais donc immédiatement et nous avons demandé par radio l’acceptation de “petit père Le Dallic”. Comme lui me connaît très bien pour m’avoir vu à Marseille, il a accepté bien sûr. Et voilà la manière mouvementée et toute entière imprévue qui m’a permis, alors que je partais à contre- cœur pour le Sénégal, de me poser en Mauritanie.
Bahia del Galgo, 10 septembre 1935 Le vent de sable souffle pendant que je t’écris. Au dehors, c’est un immense nuage gris et on ne voit pas à cinq cents mètres. La vitesse du vent atteint soixante-dix kilomètres. C’est une chose commune au moment des équinoxes. Je suis parfaitement installé dans ma chambre. C’est une très jolie pièce située dans une aile du bâtiment qui sert de logement au personnel radio. J’ai fait installer un grand tapis en poil de chameau et de mouton, qui couvre la superficie de la chambre. La couleur est brune et fauve, par bande. C’est du pur ouvrage local. Un peu rustique mais très agréable pour marcher parce que c’est très épais. Je suis ainsi presque mieux installé que si j’habitais Paris. J’ai posé des glaces dans chaque coin. J’ai garni les deux fenêtres de rideaux sombres en bas et clairs dans la partie supérieure. Les murs sont garnis de tentures couvertes par place avec des photos de paysages et de figures d’actrices. Sur les étagères elles-mêmes des photos plus personnelles. Il y a deux photos de xx,1 l’une avant l’autre après. Les seules qu’elle avait à me donner ... J’ai reçu ici une lettre d’elle. Elle me dit en effet qu’elle est seule. Et comme elle est un peu folle, elle prétend que ça la satisfait beaucoup d’être libre pour un moment.
Port Etienne, 1 octobre 1935 Je me suis arrangé ici une “habitacion” extrêmement gentille. C’est plus qu’une garçonnière, c’est presqu’un bureau, une bibliothèque. J’ai actuellement des foules de livres extrêmement intéressants en quatre langues différentes. Tout cela m’occupe beaucoup. J’ai fait de ma chambre actuelle un petit palais où je suis le mieux du monde pour écrire, lire et travailler. J’ai reçu de mes amis de Las Palmas toutes sortes d’étoffes parfaitement choisies sur les indications que je leur avais envoyées. Ce sont presque exclusivement des soieries du Japon. Las Palmas qui me les a expédiées est un port franc et ici dans le Sahara nous n’avons pas de douane évidemment, alors les choses sont très bon marché. Tout cela m’a coûté à peine cinq cents francs. Tous les murs sont tendus de soie brune mordorée jusqu’à deux mètres de hauteur. J’ai un magnifique dessus de lit vert avec des fleurs dorées, une profusion de coussins de toutes les couleurs, tous en soie. Les fenêtres sont voilées par un crépon tango très léger plissé fixe. En encadrement j’ai disposé un tissu éponge rose à grosse maille avec des plis souples s’entrecroisant vers la moitié de la hauteur pour venir se draper à des patères de chaque côté de la fenêtre. A l’avant-plan de l’encadrement, j’ai un plissé de rideaux en étoffe imprimée à grosses fleurs. Et, de ci de là, des photographies de jolies Espagnoles et d’Américaines, sous-verre avec une petite bande d’encadrement. J’ai fait venir de larges fauteuils d’osier de Las Palmas.
Port Etienne, le 15 octobre 1935 Nous continuons à recevoir le courrier ici de la manière la plus fantaisiste, et il n’est pas jusqu’aux Allemands qui nous plaisantent sur le sujet. Ils ont adopté depuis quelques semaines la mode de venir tous les vendredis exactement à onze heures quarante-cinq de la matinée, nous lancer un paquet des plus récents journaux français. La France n’est pas capable de nous apporter le courrier, mais les Fokker nous lancent les journaux. Et ils sont en cela d’une exactitude presque un peu décevante. Nous venons d’avoir la visite de la “Jeanne d’Arc” et j’ai assisté à une messe grandiose donnée sur le pont du navire école dimanche dernier. C’était tout à fait spécial par le lieu et par l’emplacement. L’aumônier est un ancien officier. Une voix très mâle. Seulement, comme les autres, il a commencé à parler sans savoir au juste ce qu’il allait dire. Puis vers la fin il a pris un peu plus possession de son sujet (d’un sujet enfin trouvé) et il a terminé assez brillamment, comme on dirait pour le Sweepstake. J’ai eu l’occasion d’être reçu à bord, grâce à mon chapeau vert et à mon complet sport anglais, dans des conditions d’honneur certainement supérieures à ce que j’étais. On m’a pris ni plus ni moins pour le directeur de la Base. C’était d’autant plus facile que, lui, pour des raisons de sentiments, n’avait pas voulu venir assister à une messe, même comme curiosité. J’ai pensé à Tante Angèle, “L’habit ne fait pas le moine mais il le suppose”. Tous ces petits aspirants sont très gentils et très distingués pour la plupart. On peut avoir avec eux une conversation, ce qui est, il ne faut pas l’oublier, une des choses les plus rares dans le monde entier.
28 octobre 1935 Figure-toi que j’ai fait venir de Las Palmas une bicyclette et un canoë. Avec la bicyclette, je fais des promenades le long de la plage et avec le canoë je m’entraîne dans la baie. Tout ceci a eu le meilleur effet sur mon paludisme. Depuis que j’ai reçu ma bécane je n’ai plus eu de fièvre. Je pense que c’est très bon pour la circulation du sang et la respiration. La composition du sang s’est modifiée sous l’influence de la respiration active et m’a libéré de ces petits accès relativement fréquents que je subissais. Pour l’instant la santé est tout à fait excellente. Je viens de remercier l’Inspecteur du réseau de Dakar qui est arrivé cet après-midi en avion, de m’avoir permis de m’arrêter ici en descendant au lieu de continuer sur le Sud. Il est très gentil. Je l’avais connu à Marseille et il m’a toujours rendu service, comme tout le monde d’ailleurs à la Compagnie. Je suis content d’être ici pour continuer à travailler. J’ai organisé mes études d’allemand pour terminer mon cours élémentaire au mois de juillet 1936. C’est une affaire de longue haleine et il fallait posséder des loisirs comme j’en ai ici pour pouvoir l’entreprendre utilement. Tu sais que je suis les cours Pigier par correspondance. J’ai écrit à tous nos amis de Londres et deux fois à Val Billeter mais jusqu’à présent je n’ai pas reçu de réponse. Au contraire mes amis d’Espagne m’ont écrit des lettres tout à fait charmantes.
12 décembre 1935 Depuis que tous les avions nous ont définitivement abandonnés, le commandant du territoire militaire avait demandé aux Espagnols de transporter notre courrier jusqu’à Las Palmas où il serait remis à un quelconque bateau français. Mais évidemment l’arrangement a été pris entre les deux commandants le français et l’espagnol, sous forme purement gratuite. Les services non payés ne sont jamais facilement contrôlables si bien que notre courrier a été se promener jusqu’à Las Palmas, puis Las Palmas l’a retourné à Dakar, et enfin de Dakar, un bateau français (ils sont pourtant bien rares) vient de nous ramener ici les lettres que nous avions envoyées il y a plus d’un mois. Je viens de recevoir en même temps tes lettres du 26 et du 21. Je suis content que tu aies reçu ma dépêche d’anniversaire. Je l’avais envoyée de La Aguerra, c’est un petit port situé à une vingtaine de kilomètres dans le sud-ouest de Port-Etienne. Ordinairement ma correspondance étrangère part par cette voie qui est beaucoup moins chère que la radio française.
Port-Etienne, 28 décembre 1935 J’avais besoin de mon retour en Europe, pendant ces dernières vacances, pour faire la comparaison entre ce que j’avais bien pensé qui était bon de faire et ce que j’avais laissé derrière moi. Or ce retour s’est révélé parfait en tous les points possibles. Je n’ai pas eu un seul moment à regretter ni ce que j’avais fait en partant, ni depuis que je suis parti, et ça a été le bon encouragement pour m’aider maintenant à travailler avec plus de confiance encore dans la même voie que quand j’ai commencé il y a deux ans environ, c’est-à-dire à mon arrivée à Dakar. Et puis, il y a aussi une chose que j’ai apprise en voyageant. Tu me diras qu’il n’était pas besoin d’aller courir si loin pour trouver cette vérité, c’est vrai que je m’en doutais depuis longtemps. Cette chose est que le bonheur ne réside qu’en nous-mêmes. Deux êtres humains n’ont jamais pu faire le bonheur l’un de l’autre. Celui qui compte sur son voisin pour créer son bonheur est un faible qui essaie de trouver un bâton pour s’appuyer. L’imagination existe, la suggestion momentanée existe, la nouveauté et la surprise devant une situation nouvelle existent, mais le bonheur durable basé uniquement sur les attentions d’autre ou d’autres que soi-même, c’est un mythe. Tout cela ne veut pas dire bien sûr, car je prévois ta question, qu’il faut mener son chemin superbement seul. Pas du tout. Mais il ne faut pas compter sur un mariage pour construire un bonheur mais bien plutôt sur soi pour créer le bonheur dans son mariage.
Rhallia 1935 Tout en marchant, dans l’ombre déjà, inconsciemment nous avions fini par distancer les autres et j’arrivai seul avec Rhallia au pied d’un monticule sablonneux, d’un tertre assez élevé. C’était un de ces amoncellements de grès écroulés qui sont les seuls reliefs de cette partie du Sahara occidental. On avait perdu de vue la caravane. Il nous fallut quelque temps pour parvenir au sommet tant le sable était mouvant. Du haut du monticule on avait une vision splendide. Le soleil se couchait. Les crépuscules sont courts sous les Tropiques. A travers l’obscurité tombante, nous regardions vers le Nord. Très loin, là-bas, à moitié confondue dans les sables, la longue file tranquille des trois cents chameaux d’Hamed Saleck Beyrouck s’éloignait pesamment. Ils étaient loin. Le vent était Sud. Les pas étaient feutrés. On n’entendait rien. On voyait seulement les chargements sur les “rallah” osciller doucement au rythme des bêtes. Très vite ce fut la nuit. Nous étions seuls. - Où vont-ils? demandai-je avec envie. - Vers le Nord..., répondit doucement Rhallia. - J’aurais tellement envie de partir avec eux... Alors, elle, se méprenant : - Encore vers ta française... - Rhallia - ... ? - Mets tes bras autour de mon cou. Ouvre grands tes yeux et regarde les miens. - Oui - Qu’est-ce que tu as ? Le vent jouait dans ses cheveux. Ses boucles me caressaient les joues. Ses grands boubous bleus dans le soir tombant lui donnaient une apparence de Tanagra sur les rochers du Parthénon. Du sable surchauffé montaient des bouffées tièdes. Le soleil était rouge du sang du soleil. Rhallia me serrait contre elle. Je sentais son cœur battre très près du mien. On entendait au loin un chacal qui hurlait. Et sous l’océan bleu parsemé d’étoiles, la petite Rhallia d’une voix très pure avec une tendresse délicieusement raffinée murmura : - Ce serait si gentil si tu restais toujours avec moi. - Mais ma pauvre petite, tu sais bien que c’est impossible. Et son petit cœur musulman, méconnaissant les “impossibilités”, lui fit ouvrir son coeur. Ses yeux pleuraient doucement. - Elle est donc si belle que ça?, murmura-t-elle... La plus belle phrase de Rhallia : “ Le Français y en a content manger tout seul. Manger beaucoup. Et y en a gagner gros ventre. Et puis il sort de la case et il rencontre ceux qui n’ont pas mangé. “Labès... labès alic ... Coutchi labès... Ça va, ça va bien... Il fait beau temps...” Mucho de palabras, beaucoup de paroles, mais rien du tout à manger pour ceux qui ont le ventre vide.”
Les trois cents chameaux 1935 - Qu’est-ce que c’est ? Mon boy entrait en soulevant la tapisserie qui fermait la porte pour empêcher les mouches et le vent. - Mohamed Ben Brahim qui apporte une lettre des espagnols. - Ah! Très bien. Entre, Mohamed Brahim. Tu es le bienvenu, ai-je dit à la manière musulmane. Dans l’encadrement de la porte, énorme, mystérieux, tout bleu, drapé, grandiose, avec son grand burnous bleu qui lui dissimule jusqu’aux mains qui enveloppe la tête et cache toute sa figure sauf les yeux, son grand poignard d’argent suspendu par un cordonnet violet mauve à sa ceinture drapée et son grand sac de cuir brodé marocain de l’autre côté, ses yeux noirs perçants qui vous regarde avec une fixité absolue et toute cette stature si haute, si imposante : ainsi vient de m’apparaître, au milieu de mon ameublement espagnol, Mohamed Ben Brahim Ben Youssef, le chef responsable des trois cents chameaux de la caravane d’Ahmed Salek Beirouck. - Buenas tardes, lui dis-je. Il ne répond rien. Il fouille dans son grand sac de cuir brodé, il en sort une enveloppe verte. Enfin, en me la tendant, il se décide à un mot d’explication : - Una carta de sus amigos de la Aguerra, dit-il. - Merci beaucoup Mohamed Brahim. Assied-toi. Et je demande au boy de préparer du thé comme c’est la coutume chez les Maures quand on a un invité. Je lui commande aussi de veiller à donner à boire aux trois chameaux avec lesquels Mohamed et ses compagnons sont venus me voir. Le Maure n’a pas paru entendre mon invitation à s’asseoir. Il y a des fauteuils avec des foules de coussins et un divan dans ma chambre. Mais est-ce qu’un maure s’est jamais assis sur un divan ou dans un fauteuil? Et décemment, il ne peut s’asseoir seulement sur le tapis alors que je suis à ma table devant mes papiers, mes cahiers, mes livres, tout ce qui représente le moderne. Ce serait déchoir pour un maure de ne pas rester simplement debout. Je décachette l’enveloppe verte. Ce sont mes bons amis espagnols qui ont appris mon retour au Sahara. Ils habitent dans un petit port sur la côte de l’Océan. On peut s’y rendre en quelques heures de chameau, à travers des rochers de grès d’abord, puis une grande Sebkra sablonneuse continuellement remuée par les vents. - Voyons que me disent-ils aujourd’hui? Bien heureux de savoir que je suis revenu si près d’eux. Ils sont très gentils, toujours très accueillants comme les espagnols. Ils vont bien, etc... Enfin l’objet de la lettre “Seriamos muy contentos con el tener usted Domingo proximo al tiempo de almuerzar”. Dimanche? Mais certainement, je suis libre. Ca me ferait bien plaisir. Et sur mon Underwood je commence à taper, sans que le maure qui voyait pour la première fois ce mystérieux instrument, ait fait le moindre mouvement d’étonnement. “Mis Quiridos Amigos, Acabo de recibir su carta que me hace el grandissimo placer...” Je viens de recevoir votre lettre qui me fait le plus grand plaisir... “Ciertamente, Domingo proximo, me marchare en La Aguerra...” Certainement Dimanche... La Aguerra “Tan contento de encontrar de nuevo con vosotros”... si content de vous revoir... - Tiens Mohamed Brahim, voici ma réponse. Va prendre le thé à la tente de Schrirh avant de repartir. Merci” Je lui tends la main. A la manière maure, il la touche simplement sans la serrer, puis il porte sa main à son coeur et à ses lèvres. Je viens de prendre un douro dans mon coffre, je lui offre. Sa physionomie, dont je ne vois que les yeux (car c’est un péché pour un Touareg de montrer son visage) ne trahit aucun sentiment. Il prend le douro et par politesse seulement il murmure dans la seule langue étrangère qu’il connaisse “Muchas Gratias”. Et pour le remercier d’avoir parlé, je répond : “Eso es lo menos”. Il est ému de voir que je ne suis pas dur avec lui, l’émotion que son visage ne révélait pas, se découvre dans l’entremêlement d’espagnol et de maure, avec lequel il me répond alors: - Si, Senor, Barakalofik”. Si, Maître, merci beaucoup. Sur mon grand tapis brun en poil de chameau, au milieu des tentures de soies du Japon et du Maroc, au milieu des coussins moelleux, dans cette ambiance de confort et de bien-être qui s’appelle “civilisation”, j’ai devant moi un Maure de l’Agrarr Tousouf, un descendant des Touaregs du Hoggard. Mystérieusement voilé. Tout entièrement bleu et énigmatique. L’homme qui appartient au grand Désert, au vent de sable, aux caravanes vers le Nord, aux immensités du Tiznit. Il m’impressionne. Devant ce Musulman au regard étrange, qui semble toujours contempler l’au-delà, devant ce grand philosophe du Djouf et des Ergs du Nord, devant ce descendant des caravanes carthaginoises, devant ce Maître du Désert, je suis maintenant l’Européen en face de l’Islam. Je suis malgré tout le représentant pour cette heure et dans ce lieu, de la grande civilisation moderne qui a créé la Colonisation. A cet instant je représente la Force. Devant le mystère de cet homme, j’ai pour moi le Prestige. Et alors je me suis senti très fier.
Lettres de Port-Etienne et de Rio de Oro 4 janvier 1936 Il a fallu attendre pendant trois jours pour décharger le courrier tant la mer était mauvaise. Enfin nous avons eu des lettres et des paquets. Naturellement, j’attendais des livres de toutes les parties du monde. Oui, je connaissais très bien les aviateurs qui se sont tués au Brésil. C’est avec Le Duigou que j’avais fait le premier voyage par hydro pour me rendre aux Baléares en 1933. Ils ont été pris dans du mauvais temps, des nuages bas et pas de visibilité. On a beaucoup voilé l’affaire et raconté toutes sortes de fantaisies. Il n’est pas jusqu’au type d’appareil qu’on a dénaturé. Mais c’était bien un Fokker. Et comme nous sommes dans une Compagnie française et que l’appareil Fokker avait trois moteurs, on a prétendu dans les journaux que c’était sur un Laté 28 monomoteur que l’accident était arrivé. Le courrier de Marseille-Barcelone s’est perdu aussi en Camargue quelques jours après. Il s’agit probablement d’une perte de vitesse au départ. Il a juste franchi l’étang de Berre et il est venu tomber de l’autre côté, dans les marais. L’appareil a brûlé. Le pilote avait fait un long séjour à Cap Juby et les Espagnols le connaissaient bien. Tout cela a fait sept disparus en quinze jours. Les Maures viennent de terminer la grande période de jeune du Ramadan, qui dure trente jours, durant lesquels ils ne mangent que la nuit. Tu me questionnes sur la guerre d’Abyssinie. Il y aurait des pages à écrire sur les merveilles de la politique anglaise. Ces gens sont vraiment les premiers politiciens et meneurs du Monde. Nous, les Français nous sommes bien des Latins. Nous ressemblons plus aux Espagnols qu’à l’Outre-Manche, ce qui n’est pas une qualité. Les Italiens aussi sont un peuple connaissant les désordres et les hésitations des latins et si Mussolini fait en ce moment un effort très méritant, il a néanmoins le tort de ne pas avoir compris son pays. L’Italien ne connaît pas cette union entre tous les citoyens qui caractérise l’Anglais. L’Italie manque de Chefs et elle a un chef qui est trop disproportionné pour elle. Maintenant en Italie il y a un dirigeant, un Dictateur, mais c’est peut-être justement des dirigeants qu’il faudrait en Italie. Mussolini est tout seul. Balbo avait des capacités, il l’a éliminé. Rien de durable ne pourra jamais être bâti par les Italiens. Un fait qui représente merveilleusement la mentalité de la Péninsule dans la guerre contre l’Ethiopie, et pratiquement contre l’Angleterre, c’est la victoire remportée contre la Royal Navy Home-Fleet. Les navires italiens passaient à crédit au Canal de Suez. C’était l’occasion de bloquer le Canal aux Romains sous prétexte qu’ils n’avaient plus d’or pour payer le passage. Mais pour bloquer le Canal il fallait des navires devant le Canal et des troupes en Egypte le long de ce canal. Pour déjouer le complot l’Italie a pris tout le temps nécessaire pour organiser la guerre Abyssinienne. D’abord elle a fomenté les révoltes égyptiennes, probablement avec l’aide de fonds allemand ou russe. Ensuite elle a massé des corps expéditionnaires en Libye sur la frontière de la Tripolitaine et de l’Egypte. Enfin elle a dirigé l’attaque contre la Home-Fleet elle-même c’est-à-dire contre les navires Anglais abrités à Gibraltar ou rôdant sur les côtes italiennes. Mussolini a trouvé en un jour deux cents volontaires pour charger des avions de bombes et d’explosifs, rechercher et survoler les navires de la Home-Fleet en Méditerranée et se jeter sur eux. Touchés par les canons ou non, ils ne cherchaient qu’à venir mourir sur le pont de l’ennemi et leur atterrissage entraînait la disparition assurée des navires. Une menace aussi désespérée a eu pour conséquence l’évacuation d’un nombre important des troupes massées en Libye et le retrait des navires anglais de la Méditerranée. Mais les Italiens auront beaucoup de difficultés à avancer dans la partie nord, très montagneuse de l’Ethiopie. C’est la plus riche, celle qu’ils convoitent. Les Éthiopiens, merveilleusement conseillés par les Anglais, ont laissé les Italiens envahir seulement la zone sud de l’Ogaden qui est un vaste désert avec de très rares points d’eau et sans aucune culture possible. Dans la zone riche du Nord au contraire, les Éthiopiens font une splendide guerre de guérillas et d’escarmouches, se défendent au mieux contre des moyens supérieurs aux leurs et infligent des pertes importantes. De leur côté les Anglais viennent de jouer un tour aux Américains en faisant assurer le ravitaillement des Éthiopiens par les Japonais qui possèdent tous les perfectionnements de guerre et d’industrie rendant peu à peu la guerre de plus en plus égale. De plus, la couverture des Japonais permet à l’Angleterre d’écouler indirectement tout ce qui sera nécessaire pour lutter efficacement contre l’Italie. Dans tous les grands conflits européens les Anglais sont toujours intervenus comme des arbitres. Ils ont dirigé les grandes lignes diplomatiques des événements et jusqu’à présent ils ont toujours eu le dernier mot. Je lis dans un journal anglais “The London News” que le 5 décembre “sera” (le numéro de fin novembre vient de me parvenir) la Journée des “Wedding-Rings”. En effet Mussolini, après avoir demandé aux anciens combattants toutes leurs décorations, aux sportifs leurs coupes tant en or qu’en argent, demande maintenant que toutes les femmes viennent offrir leur anneau de mariage à la Patrie. C’est là une idée très habile car quelle honte pour la femme qui n’aura pas donné son alliance au représentant du Gouvernement et qui la portera encore après cette date désormais historique du 5 décembre. Est-ce que Mussolini n’avait pas l’impression qu’il pouvait ne faire qu’une bouchée de l’Abyssinie? Or voici l’Italie enfermée dans un blocus qui l’entraîne directement à la famine. Le nonce du pape peut bien offrir à la Patrie la récolte de blé de sa ferme, ce n’est pas ce qui va empêcher l’Italie de mourir de faim. L’Angleterre dirige. Et elle dirige très sagement. Économie d’hommes. Puisqu’il s’est trouvé deux cents volontaires Italiens pour couler les navires de la Home-Fleet, il pourrait se trouver un homme décidé à tuer Mussolini. Un coup de revolver pourrait bien terminer le conflit naissant européen. Mussolini tombé, la guerre s’évanouit. Peut-être un matin de février Mussolini se rendant au Capitole entendra la vieille romaine murmurer sur son passage l’avertissement fatal “Crains les Ides de Mars”... Mais peut-être aussi n’est-ce point le destin de ce grand homme de laisser sa vie sous le poignard de l’assassin. De toutes manières, la partie est compromise pour l’Italie. Rien de profitable ne sortira de la guerre Abyssinienne. Tels sont les pronostics (car la critique est facile) que l’on peut tirer au début de l’année 36.
Rio de Oro, 10 mars 1936 Oui, je connaissais très bien chacun des cinq amis qui ont disparu avec le Laté “Ville de Buenos Aires”. Il y avait surtout un certain Lhotellier particulièrement gentil que j’avais bien connu à Dakar. Charmant et très intelligent. C’est très dommage pour la ligne de l’avoir perdu. Il y avait aussi ce pauvre Marret, le radio qui était déjà tombé dans le bled avec Goret et Bourgat il y a un an. Le mécano Reig avait été tué sur le coup à l’atterrissage. J’avais rencontré Reig à Saint Louis chez le Chef de la Police qui était aussi le chef de la Loge Franc-maçonnique. Il collectionnait les disques de phono et c’était une des curiosités de Saint-Louis que d’aller écouter sa magnifique collection. Un jour que des amis étaient venus me voir de Dakar en auto, nous avions terminé l’après-midi par la visite chez le Chef de la Police (qui portait le nom bien adapté de M Redouté) et là se trouvait Reig. Je le revois assis sur le divan, écoutant d’un drôle d’air un peu triste comme s’il avait des pressentiments. Huit jours après, Goret était obligé d’atterrir en panne complète quelque part dans l’intérieur du Cap Bojador à trois cents kilomètres au Sud du Cap Juby. C’était la nuit, la mise au sol avait été difficile, l’appareil s’est écrasé. Et dans cet accident qui a coûté la vie au pauvre Reig, le vieux Marret avait eu le bras cassé. Aussitôt rétabli il avait repris la ligne et le voilà qui vient de finir dans l’Atlantique. Mais une des morts qui m’a fait le plus d’impression c’est celle du pauvre Guénard qui était le mécanicien du Centaure avec lequel je suis descendu ici. Il a été pris à Pernambouc d’une décomposition du sang et il est mort dans des conditions tout à fait pénibles. Enfin aux Baléares j’avais plusieurs fois rencontré Larbonne qui vient de se tuer en Méditerranée avec Thuillier. Tout ceci fait bien des morts et l’aviation est encore loin d’être le moyen de transport sûr auquel on devrait songer avant la vitesse. La situation politique a l’air assez mauvaise en Europe. On parle beaucoup de guerre. Je viens d’être affecté en temps de mobilisation sur place ici, dépendant du régiment d’aviation de Dakar-Thiès. Il y a eu hier un très grand événement dans notre Bahia del Galgo, c’est qu’un bateau nous a amené du courrier, ce qui n’était pas arrivé depuis deux mois, por causa del malo tiempo, à cause du vent terrible qui marque les équinoxes sur la côte d’Afrique. Dans cet envoi il y avait les London News contenant des photographies et les descriptions des obsèques du Roi d’Angleterre avec des tableaux magnifiques. Le Roi d’Angleterre a pu mourir, cela n’a rien changé à la constitution monarchique britannique. Mais le jour où Mussolini disparaîtra, c’en est fait du Fascisme. Car il paraît que le Comte Ciano n’existera pas devant le prince Himberto. Et l’Italie n’a rien d’autre à présenter. 1 juin 1936 Nous sommes en ce moment ici, dans la période des gros vents. Sandstorms comme on dit en anglais. Je n’ai pas pu faire de canot depuis plus de deux mois. Il y a des périodes où nous ne voyons pas plus loin que quelques centaines de mètres.
Port-Etienne 1 décembre 1936 Très indignés les lords anglais, y compris le brave Baldwin, par les expositions publiques d’Edward VIII avec Mrs Simpson. Edward a loué un palais splendide pour abriter “chérie” près de Regents Park à Cumberland Terrace. C’est juste près du zoo, tout en haut de Portland Street. Sainte-Beuve disait de Louis XVI «C’était un brave homme, assis sur un trône et s’y sentant mal à l’aise». Je pensais juste à la même chose en voyant une photo du Roi d’Angleterre assis sur un grand fauteuil de velours dans le parc de Buckingham pour la “Présentation” à la fin de la “Season”. Il avait l’air si malheureux. Et tout dans ses actes depuis qu’il est Roi ressemble à cela, il a l’air tellement ennuyé d’être sur un trône. En tout cas il s’y prend parfaitement pour se faire mal voir. Ses photos avec le Roi Carol à la chasse à la perdrix font rire toute l’Amérique. Alors que Mussolini et Hitler ne permettent que la publication des photos prises pendant une parade, un discours, une revue ou une réception diplomatique. Un roi doit savoir soigner son prestige. La presse souligne les vacances paisibles que prenait au même moment Léopold III escaladant les montagnes en solitaire, comme son père, à la grande anxiété du peuple belge qui ne peut s’empêcher de murmurer : Jamais deux sans trois : Albert I, Reine Astrid2 ... Depuis trois jours et trois nuits à Port-Etienne, il pleut sans arrêt. C’est une chose qui ne s’était pas vue depuis six ans. Nous avons de l’eau partout. Les bâtiments ont été construits d’une sorte de grès poreux avec du ciment mélangé à l’eau de mer. Tout cela a donné du salpêtre. Il pleut dans tous les bâtiments. Le hangar d’aviation est inondé. Dans ma cuisine on marche pieds nus en pataugeant. En ce moment où je t’écris dans ma chambre, les gouttes d’eau me tombent sur l’épaule. J’ai dû déplacer tous mes livres dont quelques uns ont été trempés. Les communications automobiles sont naturellement coupées. Il y a dans cette partie du Cap Blanc de grands endroits plats que l’on appelle en arabe Sebkka. Certaines Sebkka sont salées, alimentées sous la terre par la mer. Avec le temps qu’il fait, toutes ces étendues sont submergées et il est impossible de circuler. Je suppose que le ravitaillement va se faire par des chameaux. Naturellement, pendant que tous les européens sont trempés et déconcertés par ces averses inattendues si rares, les maures, eux, sont tout à fait à l’abri sous leurs tentes. Ils n’ont pas une goutte parce que depuis des siècles ils savent se protéger de manière efficace. Nous avons tous attrapé des rhumes, des maux de gorge. Les plus malchanceux ou les moins résistants ont eu des angines. Pour moi j’ai eu seulement un peu de fièvre mais d’une manière très superficielle car je n’ai pas arrêté mon travail un seul jour. Les courriers sont excessivement lents. Je n’ai pas encore reçu mes livres de Berlin, une commande dont j’avais commencé à m’occuper en septembre. Rien n’est venu sauf des lettres insignifiantes. C’est ennuyeux parce que je suis retardé dans mes études.
Port Etienne, 15 août 1936 Je voudrais bien savoir ce que t’aura dit la mère du Châtelet. Pour mon séjour aux colonies, rien à craindre. C’est seulement parce que je suis ici mieux que je n’ai été depuis longtemps que je veux y rester encore quelques mois. J’ai un travail relativement régulier et beaucoup de loisirs. Je suis assez libre pour pouvoir travailler pour moi-même une moyenne de quatre heures par jour. En l’absence de passage d’avion pendant la nuit, je prends l’écoute à sept heures et demie le matin jusqu’à une heure de l’après-midi avec quelques pauses. Je suis ensuite libre jusqu’au lendemain à une heure, où je prends la suite de l’autre opérateur qui m’a succédé la veille et je termine à sept heures le soir pour dîner. Ce qui donne un matin sur deux de repos, le jour de travail se composant soit d’une matinée soit d’une après-midi. En plus de cela nous avons un jour tout entier de repos proprement dit chaque semaine, ce qui donne ce jour-là une absence de quarante-huit heures en combinant l’après-midi libre du dernier jour et la matinée libre du jour de reprise. Comme tu le vois ce n’est pas vraiment très absorbant. Et le gros intérêt de cette vie pour moi en comparaison avec mon ancien métier, c’est que sortis de la station, nous n’avons chacun aucun souci. Le travail est très simple et demande seulement un peu d’initiative et de métier. Mais aucune préoccupation en dehors. C’est un travail très fixe que j’aime beaucoup parce qu’il laisse une entière liberté d’esprit. Ceci m’a permis de travailler beaucoup pour moi et de compléter des études qui avaient été rudimentaires, non pas faute d’école ni de moyens mais faute d’objectif. J’ai fait vraiment de grands progrès en anglais et je viens d’envoyer cette semaine ma première lettre en allemand. Je commence à lire l’allemand et je pense le parler un peu l’année prochaine en revenant en Europe. Quand j’ai voulu entrer dans la Radio tout le monde prétendait qu’il n’y avait aucune place libre à cause de la fameuse crise. Et en fait j’ai maintenant une des places qui sont le mieux payées dans le métier. Je suis comme Papa, bien plus du côté artiste que du côté commercial et j’ai bien fait le jour où j’ai pris une situation où à chaque fin de mois l’argent tombe sans effort, car j’étais trop peu fait pour rouler des gens qui avaient la témérité de me donner leur confiance.
1937 Port-Etienne, 15 janvier 1937 J’ai reçu tout d’un paquet les lettres que tu m’as envoyées jusqu’à celle, datée du 6 décembre, qui commence par “Nous sommes encore à Paris”. Nous venons de passer ici une période relativement difficile. Je suis resté quarante-cinq jours sans pommes de terre. Il y a longtemps que nous ne possédons plus une seule goutte de vin. C’est une chose qui ne me gêne pas beaucoup car je suis revenu à mon régime “water”, mais les autres européens qui ne sauraient se passer de vin, consomment des bouteilles cachetées à vingt francs chaque repas, ce qui augmente terriblement la dépense. Enfin le fort a été obligé d’entamer les réserves de farine car nous n’en avions plus un gramme. Nous mangeons maintenant du pain fait avec de la farine de 1933 qui est la première à utiliser. Quand ce sera terminé nous aurons le droit d’entamer les barils de 1934. Espérons que d’ici là les ravitaillements seront parvenus. Le petit bateau espagnol qui nous apporte ordinairement les provisions venant des Canaries, vient actuellement d’une manière tout à fait irrégulière. Encore bien heureux que les Canaries soient avec Franco sans quoi nous serions morts de faim depuis plusieurs mois déjà. En principe il vient chaque mois un bateau français qui part de Dunkerque ou de Bordeaux. Mais comme le fret pour Port-Etienne est évidemment très réduit, il ne touche pas toujours ici. Et le mois dernier précisément, où le bateau espagnol a manqué, le navire français est parti directement d’Anvers. Alors il a bien touché Port-Etienne mais il apportait juste des conserves de Belgique et les matériaux pour la pêche et l’armée, et pas une seule lettre ou paquet de France. C’est à ce moment que nous avons manqué de farine. Enfin c’est un véritable état de siège. Mais les avions passent toujours dans l’intérieur. Ils font maintenant Dakar-Casablanca en 9 heures et ne s’occupent pas plus de nous que si nous n’étions qu’un poste radio commandé à distance depuis des “Iles Fortunées” où le soleil brille et où les fruits sont d’Or. Dans ces conditions je ne suis plus que de loin au courant de la politique. Mes journaux m’arrivent avec une irrégularité considérable. Il semble y avoir beaucoup de courrier égaré. C’est donc cette année que je vais rentrer en France. J’ai demandé déjà mon inscription pour les ordres de départ. Je pense rentrer dans le courant de l’été, c’est-à-dire dans six mois. Je me suis relativement bien porté pendant ce second séjour. Pas de grands accès de fièvre comme à Saint-Louis. Quelques petits à-coups à la pulsation mais pas plus que n’importe qui sous les Tropiques. J’ai engraissé de deux kilos et je fais maintenant confortablement 72 kilos, chose qui ne m’était pas arrivé depuis quatre ans au moins. Pendant mon séjour ici, je me suis surtout organisé une vie indépendante, comme je l’avais à Saint-Louis. Vivant au milieu de mes livres et de mes études. Je suis aujourd’hui un des très rares européens qui puisse rendre visite à tout le monde. Je suis très bien avec le gouverneur aussi bien qu’avec le commandant de la Marine et dans les meilleurs termes avec les membres d’Air France. Ceci ne te dit rien du tout. Mais si tu connaissais le soleil des Tropiques et les accès d’humeur qu’on appelle communément le “coup de bambou”, en plus des rivalités du Militaire contre la Marine, et de ces deux-là contre l’Aviation, tu comprendrais que je suis un peu un intermédiaire diplomatique qui facilite les relations entre gens qui ne peuvent pas se voir en peinture. C’est tout à fait amusant.
Port-Etienne, 15 mars 1937 Quel est donc ce roi espagnol qui écrivait à sa femme en guise de compliment “Madame, il fait grand vent et j’ai tué six loups”. C’est presque ce qu’il conviendrait d’écrire en parlant de notre temps ici. Il fait depuis une semaine un vent violent et depuis trois jours et trois nuits, un vent du diable. Je n’ai pas tué de loups mais je me suis rattrapé sur les moutons. C’est la seule viande que nous ayons à consommer ici avec le chameau. Mais le chameau est généralement dur, quoique les Maures nous choisissent le filet qui est, comme dans les autres animaux, la partie la plus tendre. Il y aura un mois demain que nous n’avons pas eu le moindre ravitaillement. Nous attendions avec grande impatience le fameux petit navire espagnol qui jusqu’à présent venait toutes les trois semaines bien irrégulièrement nous apporter quelques légumes partis la semaine précédente de Las-Palmas. Ce n’était pas de la première fraîcheur et nous avions beaucoup de perte mais il fallait s’estimer heureux de ce qui pouvait rester. Il y a six jours ce petit bateau arrivait à Villa-Cisneros au cours de son voyage normal, puisque c’est le port qu’il touche habituellement avant le nôtre. La même comédie qui s’était jouée en 1931 pour les royalistes prisonniers de la nouvelle république quand ils s’étaient évadés sur un petit bateau de pêche, vient de se renouveler. Le gouverneur de Rio s’était rendu, comme par hasard, dans l’intérieur du Sahara pour y rencontrer un grand chef Maure mécontent. La pluie considérable de cet hiver a donné une valeur relative aux oasis du désert. Les Maures peuvent nourrir de nombreux troupeaux, il en résulte un accroissement du nombre de têtes de bétail en même temps qu’une plus grande exigence de pâturages. De là, les disputes qui se produisent chaque fois après des années d’abondance. Donc le gouverneur n’étant pas là, les prisonniers républicains étaient gardés par les troupes de soldats canariens et des Maures. Il y avait parmi les prisonniers des hommes très intelligents, des chefs de partis, des avocats, de gros propagandistes etc... Il a été très facile pour de tels hommes de convaincre de leur bon droit les rares soldats gardiens qui restaient à convaincre. Quant aux Maures, un peu d’argent en vient très facilement à bout. Donc la nuit où le “Correo” est arrivé et le Gouverneur parti, les chefs de la révolte convenablement armés par leurs gardiens ont attaqué le fort, qui leur fut, si l’on peut dire, consciencieusement ouvert. Certains disent qu’ils tuèrent le lieutenant représentant et faisant fonction de gouverneur. Certains disent qu’ils tuèrent les deux Radios et le Trésorier. En tous cas ils prirent possession jusqu’au dernier “duros” de tout l’argent disponible dans la caisse du gouvernement et ils ont détruit toute la station radio à coups de marteau. Les nouvelles parvenues disent que la Station est “irréparable”. Ensuite les insurgés au nombre de quatre-vingt-cinq dit-on, se sont embarqués à bord du “Correo” c’est-à-dire du petit navire espagnol et ils ont, paraît-il, tué un second, un capitaine et débarqué trois autres officiers qui n’abondaient pas dans leur sens. Après quoi au soleil levant le petit vapeur, sous la menace des revolvers, est parti de Villa Cisnéros et ... selon les dernières nouvelles que nous avons ici ... “nul ne sait ce qu’il est devenu”. Il vogue vers des mers lointaines, avec nos légumes à bord, peut-être des lettres de toi, peut-être quelques livres d’Allemagne et d’Angleterre avec des revues que j’attends, avec une caisse de lait condensé, une caisse de pommes de terre, des poulets etc, que j’attendais de Las Palmas. Et pendant ce temps, je mange du jambon en boîte... Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que l’incident que je te raconte s’est passé il y a six jours dans un pays situé à six cents kilomètres de l’endroit où j’habite et séparé d’ici par une unique étendue de sable avec quelques rares puits mais pas d’oasis. La station de T.S.F. est complètement muette depuis la nuit fatale et nous n’avons aucun moyen de communication avec Villa-Cisnéros sauf le sable. Il n’y a à Cisnéros que des petites barques de pêcheurs incapables d’effectuer le voyage et d’ailleurs impuissantes contre les vagues énormes et les vents terribles qui règnent en ce moment sur la côte d’Afrique. Or, six jours après l’événement, je peux te raconter les faits d’une manière relativement détaillée. Tout ceci m’a été dit par mon cuisinier Maure pendant que je dînais hier soir. C’est dire la bizarrerie des communications dans le désert : il n’y a pas eu de messager dépêché spécialement pour avertir une zone de terrain étrangère et munie d’un poste de T.S.F.. Les Maures étaient de mèche avec les évadés et se seraient bien gardé d’ameuter la Radio qui aurait pu en temps utile alerter les ports de la côte africaine. Au contraire la nouvelle est venue simplement par les Maures qui se transmettent les événements du désert comme les concierges de Paris qui se papotent les histoires du quartier, en bavardant. Les bavardages vont vite au désert...
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